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Les chroniques de Patricia : Back dans les bacs

« 5 heures du mat’ j’ai des frissons, je claque des dents, je monte le son : France Inter, vous écoutez le 5/7. Où suis-je déjà ? J’entends les éboueurs. Il est 5 heures, Paris s’éveille et depuis quelques mois, c’est à Paris que je me réveille.

Il y a un peu plus de 15 ans mon mec et moi et moi on a parlé d’aventures. Je lui ai dit, allons voir là bas où tout est rose et tout est sauvage. Il m’a répondu, prends moi la main, viens danser et nous étions partis ensemble pour une drôle de vie. Pendant 15 ans j’ai écouté la vie française en différé. Les programmes du matin l’après- midi ou le contraire. Un temps à l’est, un temps à l’ouest. Trois continents et trois enfants plus tard je suis rentrée au village. J’avoue que j’ai trainé des tongs quand on a pris la décision de rentrer au bercail. J’étais comme un enfant, j’avais envie et pas envie. C’est bien la vie loin, on se sent différent. Différent là-bas parce qu’on est d’ici et différent quand on revient ici de temps en temps, parce que justement on vit là-bas. J’avais la trouille de perdre mon exotisme et aussi un peu les jetons de ne plus me sentir chez moi. A force d’essayer de s’intégrer ailleurs, on trahit forcément un peu d’où on vient.  Paris allait-il me reconnaître ? Et moi est-ce que j’allais m’y retrouver?

Ça fait bientôt un an que je me balade sur l’avenue. Oui, je suis d’ici. Oui Paris m’a reconnue et notre amour est réciproque.

C’est à Paris que je croise des amis d’enfance par hasard dans le métro, à Paris que ma fille me parle d’un pote qui se trouve être le fils d’un garçon qui était dans ma classe en troisième. C’est ici que je peux montrer à mes enfants les endroits cachés où leur père et moi, étudiants, on se bécotait.

J’ai longtemps été une pierre qui roule… Je trouvais ça follement pratique cette vie d’errance. Je pouvais me réinventer à chaque étape et je n’avais pas franchement besoin de m’engager, de toutes façons j’allais partir. L’année dernière, on s’est réuni en conseil familial et on a pris des billets retour. On a préparé la rentrée au collège français en regardant la boum et la boule au ventre on a emballé la maison pour la 10ème fois en 15 ans. On a beaucoup pleuré dans les bras des amis pour la vie que nous avons semés comme des petits cailloux à travers le monde et enfin embarqué pour de nouvelles aventures sur nos terres ancestrales. J’y vais mais j’ai peur et pour avoir moins peur,  j’ai considéré Paris comme une nouvelle destination exotique. Après tout, à chaque fois que je disais à mes amies autochtones que j’allais rentrer, leurs yeux brillaient : « Aaaaaah Pariiiiiis !!!!! » Si elles voyaient Paris comme ça, pourquoi pas moi ? C’est vrai que les touristes ne prennent pas souvent le RER A, mais « Paris oh la la » quand même. Et mes amies de toute la vie, mes soeurs m’envoyaient des messages avec des cœurs qui disaient « j’y crois pas, tu vas revenir ! ». Pour ça, je voulais bien prendre le RER A.

En 15 ans j’avais laissé quelque part au dessus de l’atlantique mon armure de parisienne pressée et toujours légèrement contrariée. J’avais gagné l’indolence tropicale, à commencer par la démarche lente, le port altier et le sourire permanent. Passer plus de deux heures à la caisse d’un super marché rend patient et se confronter aux administrations les plus kafkaiennes du monde enseigne la tolérance et le pasito a pasito, suave suavecito.

Est ce que ma version de « la garota de Ipanema » a survécu au choc thermique ? Oui. On peut avoir froid dans les tongs, le soleil est dans le cœur et la chaleur dans les gestes.

Je suis une parisienne transformée, modelée par l’ailleurs. Parfois je marche comme une p’tite lady gare Saint Lazare, on dirait que le monde est à moi quand je me promène. D’autres fois, les soirs de pluie et de brouillard, j’ai le regard baissé sur le trottoir usé et je me demande ce que j’ai fait de ces années. Mon CV est un gruyère et mes enfants ne savent pas répondre quand on leur demande ce que fait maman. Maman est déménageur, psychologue, traductrice, élève, prof, critique d’art, éditorialiste politique, artisan, princesse, DRH, danseuse, « operations manager » (la façon chic de dire que je suis l’intendance, celle de Napoléon qui veut conquérir le monde, t’inquiètes pas chéri, l’intendance suivra et l’intendance c’est moi).

Les clichés ont la peau dure et pour beaucoup, pour ceux qui ne savent pas, 15 ans sous le soleil c’est 15 ans passés à se faire les ongles tout en se dorant la pilule. Par chance, la vie nous a promenés dans des endroits exotiques et ensoleillés. Mon mari n’est pas surfeur, même s’il sent bon le sable chaud et je suis souvent obligée de sourire poliment quand on me lance « c’était bien la belle vie ? Peinard ? Ca doit te faire tout drôle ce retour à la réalité ? »

Ma réalité là bas, c’est un paquet de mois passés à détricoter le programme initial. Non, je ne travaille pas, oui je dépends financièrement à 100% de mon mari, pas facile à assumer quand on a été élevée pour être une working girl. Mais un jour, j’ai réussi à appuyer sur la touche ‘reset’ et assumé cette nouvelle situation. Ce n’est pas parce que j’étais une housewife que je devais être desperate. Je n’aurai peut-être pas une grande carrière, mais j’avais des années d’avance sur le planning : j’avais LE TEMPS. La plus grande des richesses. Le temps de regarder mes enfants pousser et de voir les idées germer.  J’ai vécu 1000 vies. Aujourd’hui j’entame la mille et unième, sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu et les lunettes de soleil vissées sur le nez comme ça je ne vois pas les nuages quand il y en a. Si un jour vous voyez au loin une fille qui marche lentement, en souriant béatement et en s’emplafonnant les lampadaires (parfois il y a quand même beaucoup de nuages et je ne vois pas clair derrière mes lunettes), vous saurez que c’est moi. »

Les chroniques de Patricia : un + un + un + toi et moi

« L’autre jour ma fille de 13 ans me colle sous le nez son téléphone. Sur l’écran, une photo de sa copine Brigitte (qui, pour d’évidentes raisons de confidentialité, ne s’appelle pas vraiment Brigitte) affublée, toujours, de deux oreilles et d’un museau de chiot so cute et affichant un sourire limite extatique. En dessous du sourire, écrit en grosses lettres roses flashy avec des paillettes qui clignotent deux mots : EN COUPLE.

D’un coup ce sont mes oreilles à moi qui se dressent et mon museau qui frétille de consternation. En couple ? Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire « en couple » quand on a 13 ans ? Sans en avoir l’air (l’ado doit être interrogée avec précaution) j’ai lancé quelques questions :
Brigitte a un petit copain ? Ouais elle a un mec.
Ah cool. Ils se sont embrassés ? Nan
Ah ! Ils se tiennent par la main ? Nan, t’es ouf !
Ils se parlent au moins ? Ouais un peu j’crois, en tous cas ils se likent grave et ils commentent tous leurs posts insta.

Alors, c’est ça être « en couple » quand on a 13 ans en 2019 ça veut dire l’afficher sur sa bio Insta et se balancer par écran interposé des LPB (la plus belle) et des JTM BB (je t’aime bébé –  mais vous aviez compris).

Cette constatation me laisse perplexe. Pour moi, quarantenaire, être en couple c’est partager un peu plus que des acronymes. Non ? Mais peut être suis-je totalement has been ? Cette remise en question soudaine me pousse à me poser une question plus vaste. Finalement, qu’est ce que c’est que le couple aujourd’hui ?

J’ai revêtu immédiatement ma tenue d’inspecteur Colombo (mon nouveau trench acheté sur Vinted – voir chronique précédente) et j’ai posé la question à tous ceux que je trouvais sur mon chemin : c’est quoi le couple pour toi ?

Sans aller très loin, j’ai interrogé les petits humains autour de moi. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Pour mon fils de 6 ans, un couple c’est « maman on peut aller voir Pikachu au cinéma ? » (Je ne considèrerai donc pas sa réponse dans mon investigation scientifique). Pour mon autre fils, qui a 11 ans, un couple, ce sont deux personnes qui s’aiment (mon fils est un romantique). Je me suis ensuite tournée vers ma belle-mère, érudite, qui se trouvait être dans mon salon ce jour là : un couple c’est deux. Elle s’attache à la définition littérale et m’apprend que dans l’Ain on dit « un couple d’heures » pour dire « deux heures ». Enfin,  pour mon beau père, presque 80 années de sagesse au compteur et qui n’est jamais très loin de ma belle mère,  un couple c’est un homme et une femme engagés dans une relation longue durée.

Premières conclusions de ma recherche approfondie un couple c’est DEUX (et une question vitale : Pikachu est-il en couple ?).

Mais « deux » pourquoi faire ?

Pour l’anthropologue américain Lewis Morgan, spécialiste des communautés de chasseurs-cueilleurs de l’Amérique du nord « les Iroquois vivaient au sein de grandes unités familiales reposant sur des relations poly-amoureuses. Chacun survivait grâce au soutien de la communauté. Le partage, essentiel au bien être de tous, s’appliquait aussi bien au butin de la chasse qu’aux relations sexuelles ». Le couple avait donc une existence éphémère destinée à la copulation et accessoirement à la reproduction. Le petit humain issu du couple était élevé par la communauté. Tout le monde y mettait un peu du sien et on ne se prenait pas la tête. En même temps, quand on passe son temps à courir derrière des bisons pour ne pas mourir de faim ou à fuir devant des bêtes sauvages mortes de faim, on n’a pas vraiment le temps de se demander si on est « en couple ».

C’est avec le développement de l’agriculture et la sédentarisation des populations que les communautés grandissent et que les choses se compliquent. Le partage, le poly-amour et les fleurs dans les cheveux sont remplacés par la propriété privée et le casse tête administratif. Assez vite, pisser sur son territoire ne suffit plus pour se l’approprier, on écrit sur un papier: « cette terre est à MOI » et évidemment, on ne veut pas que le voisin que l’on déteste récupère notre terre après notre mort.  On veut pouvoir transmettre la propriété à nos enfants. Il faut donc être sûr que nos enfants ne sont pas ceux du voisin. Encore un document. Celui-ci pour officialiser le couple. Les premières lois régissant le mariage datent de 2100 AVJC.  Vous et moi savons bien que le papier n’a jamais empêché personne de copuler ailleurs mais les enfants de cet ailleurs n’avaient pas d’existence officielle.  Le couple c’était donc un homme et une femme unis par un document administratif, condition essentielle pour construire une descendance et aussi pour s’assurer un avenir économique. Pendant des milliers d’années voilà la définition que nous avons retenue pour le couple. C’est aussi celle retenue par mon beau père, même s’il concède que c’est mieux si l’homme et la femme s’aiment.

Notez que la notion d’amour dans le couple est une invention relativement récente. Les hommes ou les femmes étaient plus souvent amoureux de leurs maîtresses ou amants que de leur partenaire officiel. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » c’était bon pour les contes de fées.

Aujourd’hui, grâce à des années de lutte et de révolutions sociales, culturelles et scientifiques, on a le choix. Le choix de son partenaire, le choix de quitter son partenaire, le choix de trouver un autre partenaire, le choix des raisons pour lesquelles on veut être en couple : pour copuler, pour se reproduire, pour partager un toit, pour se tenir compagnie, etc.

On a même l’embarras du choix et parfois on peut être embarrassé par tous ces choix. Barry Schwartz, encore un américain, psychologue et auteur du « paradoxe du choix » affirme que « trop de choix peut être néfaste, stressant et même paralysant ». L’avènement des réseaux sociaux nous donne encore plus d’options et surtout introduit une nouvelle donnée : la peur de passer à côté (FOMO – Fear of missing out en anglais). On se demande en permanence si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs et on cultive gentiment des plans B (on ne sait jamais) pour surtout ne pas s’engager trop loin.

Les études sociales récentes le montrent bien. Les millenials (en gros ceux nés entre 1981 et 1996) s’engagent beaucoup plus tard que les générations précédentes mais surtout, ils considèrent le mariage uniquement comme une option d’officialisation du couple et non plus comme une obligation.

Le couple n’a plus besoin de la reconnaissance de la société ou de l’administration pour exister. Georges Brassens le chantait déjà  dans l’une des plus belles  chansons  écrites sur le couple : «  j’ai l’honneur de ne pas te demander ta main, ne gravons pas nos noms en bas d’un parchemin ».

En 2019, un couple ce n’est plus un homme et une femme engagés dans une relation longue durée, c’est ce qu’on veut. Un couple peut avoir 1000 définitions et celle que l’on choisit ne dépend que de nous. Regardez Brigitte, la copine de ma fille ado, son couple existe uniquement parce qu’elle le dit. »

Les Chroniques de Patricia : Envie de tout, besoin de rien

« Vous les entendez tous ceux qui nous disent à longueur de journée que notre planète est foutue et qu’on va tous crever ? Moi je les entends et même si j’essaye de me boucher les oreilles et d’imaginer un avenir radieux, je commence à me dire qu’on a intérêt à s’y mettre si on ne veut pas voir débarquer des ours polaires affamés sur les Champs-Élysées (ils arriveraient en flottant sur un bout de banquise fragmentée à cause du réchauffement climatique – oui, parce que sinon, à la nage, ça fait un peu loin, surtout quand on a faim).

Comme je suis un être humain comme les autres, enfin un peu mieux maquillée que les autres parce que j’applique les conseils d’Hélène, j’accomplis depuis un certain temps les petits gestes du quotidien qui sont censés inverser la tendance des températures : je ferme le robinet quand je me brosse les dents, je prends des douches et pas des bains, je trie les emballages, j’achète du vrac quand j’en trouve et je laisse ma voiture au parking aussi souvent que possible pour marcher, ce qui présente le double avantage de sauver la planète et de raffermir les fessiers.

Récemment, j’ai ressenti le besoin de passer la seconde pour faire avancer le Schmilblick. Profitant de la période des nouvelles résolutions et sous l’influence des vapeurs d’alcool du 1er janvier, j’ai dit à qui voulait bien m’entendre qu’en 2019 je n’achèterai rien de neuf. Et croyez-moi sur parole, pour une fanatique de la fast fashion et du combo H&M/Zara, c’est un sacré challenge. Aujourd’hui, jeudi 11 avril, ça fait 3 mois et 11 jours que je n’ai rien acheté de neuf. En revanche, j’ai acheté du vieux. J’ai plongé dans le monde merveilleux des boutiques de seconde main, friperies, dépôts-ventes, etc. Et vu la recrudescence de ce genre d’établissements, j’ai l’impression que je ne suis pas la seule à avoir décidé de mieux consommer.

Évidemment, comme pour tout nouveau jeu, il faut apprendre les règles. Il y a en trois : 1. ne pas être totalement dégoûtée de porter les fringues qu’une inconnue a aimées avant toi, 2. avoir du temps 3. avoir l’esprit ouvert et la soif d’aventure.

Il existe encore quelques rares friperies old school  qui sentent le vieux et la poussière. On peut y trouver, après des heures de fouilles archéologiques et plusieurs crises d’éternuements, une pépite à 10 balles, mais la plupart des friperies aujourd’hui sentent le propre et les fringues y sont rangées par taille et/ou par couleurs. Ce n’est pas forcément moins cher que Zara, mais on est à peu près sûre de ne plus jamais être le clone de sa voisine de strapontin dans le métro.

Si vous n’aimez ni le vintage ni les vieilleries, vous aimerez les dépôts-ventes que j’ai classés en deux catégories. Les dépôts-ventes de dames et les dépôts-ventes d’influenceuses.

Dans les premiers vous trouverez des basiques, classiques qui parfois sentent le Chanel 5 de grand-mère et dans les deuxièmes les garde-robes des influenceuses qui croulent sous les fringues. Tout un tas de marques pointues à prix réduit. Dans les deux cas, on peut acheter, c’est pour ça qu’on y va, mais on peut aussi vendre et donner une nouvelle vie aux fringues que nous ne portons plus. On peut même pousser le vice et appliquer la règle dite du « je n’achète que si je vends ». J’ai essayé, c’est quasi impossible. L’autre jour, j’ai vendu quelques fringues dans mon dépôt-vente préféré dans le 9e et j’ai immédiatement dépensé ce que j’avais gagné et même plus. Mais bon, j’ai vendu un pull que je ne portais jamais et je suis repartie avec un jean que je porterai sûrement.

Si vous êtes une « addict » de l’achat « on line », il y a Vinted. Un site d’achat/vente de fringues hyper bien fait. On peut jouer à la marchande en deux clics. Là aussi, on peut essayer de passer au niveau 2, vendre plus qu’acheter. Je n’y arrive pas non plus, mais je persévère.

Et puis, pour celles qui aiment les belles choses qui ont une âme et une histoire, il y a Rose Market Vintage. Une merveilleuse boutique nichée dans une rue calme du 9e arrondissement, dans laquelle Florence, fanatique de la fringue vend les trésors qu’elle trouve au gré de ses chines et raconte l’histoire de chaque vêtement. Pour le prix d’une robe quelconque, on portera une robe couture.

Les bonnes résolutions ne sont pas toujours faciles à tenir et chaque fois que je passe devant une boutique Zara sans y entrer, j’entends Zara pleurer… Mais aujourd’hui, ce n’est plus qu’un lointain murmure. Cette nouvelle façon de voir la sape et la consommation me force à me poser trois questions face à un vêtement : est-ce que je l’aime vraiment ? Est-ce que je le porterai ? Est-ce que je n’ai pas déjà un truc qui y ressemble au fond de mon placard ? La réponse à ces trois questions apporte d’innombrables bénéfices, en plus de faire avancer le Schmilblick évidemment  (l’industrie de la mode est l’une des plus polluante de la planète): je dépense moins, j’ai plus de place dans mon placard (j’ai même retrouvé des trucs que j’avais complètement oubliés) et je développe ma créativité (je fais avec ce que j’ai). Qui sait, peut-être qu’un jour je me poserai la seule question réellement importante : est-ce que j’en ai vraiment besoin ? Et après avoir vu le docu Netflix, The True Cost sur les ravages de l’industrie de la mode, je me dis que ce jour, c’est demain.

Mes adresses à Paris (il y en a beaucoup plus bien sûr) :

Troc en Stock – 6 rue Clauzel 9ème (dépôt vente mode)

Free’p’star – 61 rue de la Verrerie 4ème (friperie)

Mad Vintage – 39 bd des Italiens 9ème (friperie)

Hippie Market – 41 rue du Temple 4ème (friperie)

Dépôt vente Saint Ferdinand – 24 rue saint Ferdinand 17ème (dépôt vente classique)

Rose Market Vintage – 19 rue Milton 9ème (vintage de luxe)

Chicago Vintage – 63 rue de Passy 16ème (friperie)

La frange à l’envers – 81 rue saint Maur 11ème (dépôt vente mode)

Kilo Shop – 10 boulevard Montmartre – 9ème (friperie) »

Les chroniques de Patricia : Un mariage marocain

Je vous présente mon amie Patricia (non, pas sur la photo). Elle adore écrire et le fait particulièrement bien. Elle et moi avons beaucoup de goûts, d’idées et de valeurs en commun mais des vies différentes, et j’ai pensé que ça serait aussi chouette pour vous que pour elle qu’elle écrive ici de temps en temps, sur le sujet qui lui fait envie. Quand elle m’a raconté le récent mariage de son frère à Fès je lui ai dit « il faut que tu écrives ça pour mon blog ! »

J’espère que ça vous plaira autant qu’à moi, elle sera bien sûr dans les commentaires pour vous répondre !

« Un mariage marocain, n’a rien à voir avec tout ce que tu as pu vivre jusqu’à présent, m’avait prévenue ma copine Yasmina, marocaine, quand je lui ai annoncé que mon petit frère, Parisien pur rive droite, allait épouser Selma une princesse fassie (de Fès). En quelques mots débités à toute berzingue (ma copine Yasmina parle très vite) elle m’avait donné, je cite, les instructions pour survivre.

  1. Yasmina : Prends un casque anti bruit.

Moi : OK, j’aime bien le style un peu edgy, mais le casque de chantier c’est peut-être un peu trop Lady Gaga ?

Dès la deuxième note jouée par l’orchestre traditionnel, j’ai compris que Yasmina n’exagérait pas. Quand les Marocains balancent le son, ils ne font pas semblant, et au bout d’une minute à 90 décibels (le bruit d’un 737 au décollage), tu ne sais plus comment tu t’appelles, la musique te pénètre, tu lèves les bras, tu casses tes poignets et tu te déhanches en hurlant des youyous délirants, preuve que la musique envoûte, et que sans alcool (mariage traditionnel on vous dit), oui, la fête peut être plus folle.

  1. Yasmina : Prévois de manger léger léger pendant le mois qui précède les festivités.

Moi : Vu que les festivités ont lieu juste après Noël, c’est pas gagné gagné. Et puis, tu me connais, je ne vais pas me jeter sur la pastilla au pigeon comme un faucon.

Yasmina : Hahaha… On verra !

Les festivités durent 3 jours. Trois jours de tajine, couscous boulettes, pastillas et pâtisseries au miel et aux amandes irrésistibles (même pour un faucon). Donc sur une couche confortable de foie gras/chocolats, tu rajoutes des tas de bonnes choses grasses et/ou sucrées et tu anticipes avec effroi la galette des Rois.

  1. Yasmina : Le dress code c’est : donne tout ce que t’as.

Moi : Tu veux dire que je vais pouvoir me faire l’œil charbon et me choucrouter le chignon ? Soulever les jupons de ma robe longue avec les deux mains comme Sissi et porter des chaussures qui brillent comme Dorothy ?

Je me suis fait prêter un caftan bleu et doré des mille et une nuits et j’ai enfilé mes souliers glitter (héritage d’un spectacle de danse disco). J’ai dégainé le babyliss et j’ai confié l’œil charbon à ma fille de 13 ans qui envisage le maquillage comme le 8ème art et qui s’enfile des heures et des heures et des heures de tutos. Elle s’est fait une joie d’exprimer tout son talent et après quelques heures (ma fille est fan de James Charles et de Jefree Star, il a donc fallu recadrer les élans créatifs une ou deux fois) j’étais rutilante comme la Ferrari de Kim K.

Yasmina : Si tu penses que c’est beaucoup de boulot (Yasmina sait que je suis une Parisienne, adepte du casual/natural/nude de feignasse) ce n’est rien à côté de ce que va vivre ta future belle sœur. Elle changera de tenue, de maquillage et de coiffure quatre fois pendant la soirée. Si on calcule que la durée moyenne de la réception est de 6 heures et qu’il faut au moins 45 minutes pour changer de tenue, de coiffure, de maquillage et de chaussures, rajoutez le temps passé sur un palanquin (environ 40 min par tenue), eh bien pour la mariée le mariage, tient plus de la performance sportive de haut niveau que du plus beau jour de sa vie. Remarquez, l’un n’empêche pas l’autre.

Selma a brillé dans un caftan vert et doré. Elle a ensuite enduré avec patience et grâce une Nefertiti, la tenue traditionnelle des mariées de Fès : une coiffe de 20 kilos et une cape de princesse égyptienne. Puis elle a fait le tour des tables pour saluer chaque convive dans un caftan blanc et doré symbole de pureté et enfin, elle a découpé la pièce montée dans une robe de mariée occidentale.

  1. Yasmina : Reste loin des naggafates.

Moi : Des  ?

Yasmina : Des 3 ou 4 matrones à l’air sévère qui sont là pour veiller au respect des traditions ancestrales, pour assister la mariée et pour resserrer les ceintures des caftans des filles de la famille.

J’ai passé la soirée à me planquer. Je n’aurai laissé personne resserrer ma ceinture, question de survie (je te rappelle les choses grasses et délicieuses). En revanche, j’ai entendu ma mère pousser des petits cris de surprise à chaque fois que sa naggafate surgissait subrepticement derrière elle, les mains tendues vers les extrémités de la ceinture.

Le D Day, dûment briefée, je me suis élancée dans la salle de réception. Bien sûr, je me suis pris les pieds dans les jupons et j’ai failli me rétamer sur la pièce montée. Princesse est un métier qui s’apprend. Demande à Meghan. Mais ce que Yasmina avait oublié de me dire c’est qu’un mariage au Maroc, d’autant plus quand c’est celui de ton frère, c’est l’explosion des sens, des paillettes plein les mirettes, des papillons dans le cœur, la chair de poule et les larmes qui roulent. Après plusieurs heures de musique traditionnelle à plein volume, de kilos d’amandes dévorés et de beaucoup trop d’émotions, je ressemblais plus à un panda gras et sourd échappé du zoo qu’à Shéhérazade.

Cerise sur le gâteau, ou plutôt datte sur la pièce montée, la robe de mariée occidentale (la dernière de la soirée) était la mienne. Quinze ans séparent les deux apparitions publiques de cette robe, devenue NOTRE robe et un lien textile indéfectible. Je ne suis ni fétichiste, ni superstitieuse, mais si les habits ont un pouvoir, alors je souhaite que celui-ci lui apporte autant de bonheur qu’à moi. »