Comprendre & vivre avec mon hypersensibilité


Aujourd’hui je vous parle de quelque chose de très personnel sur le blog. Même si je l’avais déjà fait via mon article sur ma trentième bougie ou sous mes articles bilan de l’année, celui-ci est assez particulier pour moi. Il évoque quelque chose que je vis au quotidien. J’ai failli employer le verbe « subir » mais je me suis dit, et nous allons y revenir, que ce n’était pas toujours aussi horrible que ça, d’être hypersensible.

Dans cet article, j’y parle de MON hypersensibilité, de comment je vis avec avec et ce que ça change dans MON quotidien. J’insiste bien là dessus puisqu’il existe beaucoup de ressentis différents mais aussi de méthodes pour vivre avec et l’apprivoiser au mieux.

Pour m’accompagner dans cet article, Hélène, psychologue hypersensible & spécialisée dans l’hypersensibilité, va nous donner quelques réponses sur le sujet ! J’ai rencontré Hélène pour la première fois vendredi dernier autour d’un café ! Nous avons échangé sur le sujet suite à sa participation au podcast Emotions sur l’Hypersensibilité. De fil en aiguille nous avons échangé quelques notes vocales, puis un café lorsqu’elle est venue à Paris pour le travail ! J’avais hâte de vous parler de tout ça à ses côtés !

Alors installez vous confortablement, l’article risque d’être un peu dense, mais j’ai beaucoup de choses à vous dire !



Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

la réponse d’Hélène

L’hypersensibilité n’est pas une pathologie, une maladie ni un trouble de la personnalité. Même si on peut trouver de nombreuses similitudes avec les états-limites/borderline et qu’il est facile de les confondre, il existe des différences sur des points essentiels. L’hypersensibilité n’est pas non plus un défaut ou un don. C’est un trait de caractère.

C’est la psychothérapeute américaine Elaine N. Aron, (considérée comme l’experte dans la recherche sur l’hypersensibilité) dans les années 1990, qui, dans son livre Hypersensibles. Mieux se comprendre pour s’accepter, explique le mieux ce que représente ce trait de caractère dont seulement 15 à 20% de la population seraient pourvus. A l’heure actuelle, les études scientifiques s’accordent (sans certitude absolue) sur le fait que l’hypersensibilité serait en grande partie transmise durant la vie intra-utérine et donc innée. Et ce, même si l’éducation familiale, le contexte scolaire et les événements extérieurs contribuent également à la faire émerger à un degré d’intensité plus ou moins élevé et de manière différente selon les individus (il existe des Hs introvertis, des Hs extravertis et des Hs qui sont un mélange des deux). Lorsque l’on ne sait pas que l’on est hypersensible, cette très grande sensibilité est bien souvent considérée comme un lourd fardeau qui empoisonne la vie et nous donne l’impression d’être “bizarre”, “différent”, voire “anormal”. Elle peut pourtant être aussi une véritable force et une merveilleuse façon “d’être au monde”. Monde, qui, aujourd’hui, a bien besoin de gens dotés d’une grande sensibilité…



Comment peut-on reconnaître que l’on est hypersensible ?

la réponse d’Hélène

Les traits caractéristiques des personnes hypersensibles (cependant, ne pas oublier que chaque hypersensibilité est unique et que cette liste est non-exhaustive) :

hyperesthésie, c’est-à-dire une sur efficience d’au moins un des cinq sens. Mais ces cinq sens sont dans tous les cas subtils et développés

(hyper-)empathie qui va souvent avec un ressenti de l’autre très profond qui entraine une écoute très attentive et vraie. Cela fait d’eux des êtres dotés d’une… grande intuition 

hyperstimulation du système nerveux qui est sollicité quotidiennement par des informations et des stimuli internes et externes, perçus beaucoup plus rapidement et intensément que par la moyenne de la population (ceci en raison d’un nombre de connexions neuronales plus élevé que celui des cerveaux “non-hypersensibles”). Cette hyperstimulation les amène donc à ressentir des… hyper-émotions, c’est-à-dire qu’ils vivent, ressentent leurs émotions de façon beaucoup plus intense et plus puissante que les autres personnes, qu’elles paraissent décuplées, qu’il s’agisse des émotions dites “douloureuses” ou des émotions dites “positives”. Nous avons également là, en partie, l’explication leur hyper-empathie.

Ce sont des personnes dotées de beaucoup d’imagination et qui ont besoin de mettre de la créativité dans leur vie soit en en faisant leur métier, soit un hobby régulier ! Ils ont un fort besoin de donner du sens à leur existence.

Ils ne supportent pas l’injustice et la souffrance !

Des moments de solitude réguliers leur sont nécessaires car ils sont vite fatigués émotionnellement et physiquement de par l’hyperstimulation quotidienne qu’ils ressentent. Les hypersensibles ont besoin de se retrouver, de se reconnecter à eux-mêmes et sont dotés d’une grande capacité d’introspection

Ils ont soif de connaissance, de compréhension et s’ils sont passionnés par un sujet, peuvent s’y plonger corps et âme jusqu’à en oublier le temps (ce que l’on appelle aussi en psychologie positive l’état de “flow”)

Ce sont des personnes souvent perfectionnistes qui attendent trop d’elles-mêmes, ce qui entraîne très souvent du découragement, un sentiment d’incapacité et amène… un manque de confiance et d’estime d’eux-mêmes

Ce côté perfectionniste peut découler de leur fort besoin d’être aimés et c’est pour cette raison qu’ils cherchent à être “parfaits” … ce qui ne peut qu’engendrer de la souffrance, celle de ne pas atteindre cette perfection, tant aux yeux des autres qu’aux leurs et celle liée à la peur du jugement d’autrui. Ils entrent ainsi dans un cercle vicieux qui les ramènent au manque de confiance en soi et d’estime d’eux-mêmes.

Ils peuvent se trouver régulièrement dans des anticipations anxieuses car ils ont des difficultés à s’adapter aux situations nouvelles. Se crée ainsi, chez eux, un fort besoin de contrôle, renforcé par la sensation d’être souvent dépassés par leurs fortes émotions.

Ils sont dotés d’une grande intelligence émotionnelle

Enfin, ils s’émerveillent de peu de choses, de petits détails que d’autres ne verraient pas. Ce sont des êtres profondément sensibles et reconnaissants de la beauté du monde ou des moments heureux qu’ils peuvent vivre… et le montrent !

N.B : vous pouvez être une personne hypersensible sans cocher tous les points de cette liste ou avoir d’autres traits de caractère que ceux présentés. 



Alors, comment j’ai compris que j’étais, moi Angéline, hypersensible ?

J’ai toujours entendu parler de l’hypersensibilité mais plus comme quelque chose de « drôle » comme quand on dit de quelqu’un qu’il est « comédien » pour dire qu’il en fait des tonnes dans sa manière de s’exprimer. On disait donc de moi « T’es à fleur de peau hein ! » / « T’es vachement susceptible ! » / « Tu prends vraiment trop les choses à coeur ! » … J’avais conscience d’être toujours à fleur de peau, encore plus en SPM (syndrome pré-menstruel) et que certains jours c’était vraiment difficile de gérer toutes ces émotions à l’intérieur de moi, mais aussi sans blesser les autres, paraître froide, trop joyeuse… Excessive ! Et ça, c’est le mot qu’on me répète souvent « tu es excessive ! »

Alors voilà, je me suis dit que c’était ça. Je vivais juste à 100% les émotions. Que lorsque ça devenait trop difficile de gérer les émotions négatives notamment, je me réfugiais dans le sport, la méditation et parfois l’alimentation (mais ça, c’est un autre sujet hein !). Que j’avais juste du mal à gérer tout ça et que c’était une mauvaise période (sans me rendre compte que c’était TOUJOURS comme ça).

J’ai aussi remarqué que j’étais très sensible aux odeurs, à la lumière et aux bruits. Le nombre de fois où j’ai dit « aaaaah mais ouvre les fenêtres ça sent trop la bouffe je déteste » ou encore « Oh non mais l’odeur de parfum là, je vais vomir ! » et que les personnes de mon entourage roulaient des yeux avant de ponctuer de « Ohlala toujours plus ! ».
Sauf que maintenant je comprends pourquoi ! ENFIN !

Il y a plusieurs jours, mon amie Laëtitia du blog Eleusis & Megara a posté sur sa story un épisode du podcast EMOTIONS au sujet de l’hypersensibilité. Je me suis reconnue dans la description qu’elle en a fait ! Et révélation en l’écoutant : Voilà, c’était bien ça, c’est sûr ! J’étais autant rassurée que très bouleversée d’avoir enfin mis le doigt sur tout ça ! Moi qui m’étais toujours dit « oui mais non, je suis pas à ce point là ! » … Bienvenue Angéline chez les hypersensibles !



Au quotidien, qu’est-ce que ça donne ?

Vous voyez les montagnes russes ? Installez-vous, vous allez voir c’est génial !

Je grossis un peu le trait mais dans l’idée c’est ça : être heureuse le matin en se levant et profondément triste en allant se coucher ! C’est pleurer à chaudes larmes en écoutant une chanson, c’est être intensément heureuse pour des petites choses, ou très touchée par la tristesse de quelqu’un. C’est ressentir les choses comme un feu d’artifice. Alors certes c’est aussi génial que totalement déroutant.

Je peux être capable de ressasser un événement de ma journée pendant des heures à m’en rendre malade ! Il suffit d’une petite contrariété pour que ça prenne des proportions totalement démesurée dans ma tête ! Et c’est fatiguant ! « Et pourquoi ? Et comment ? Et si j’avais dit ça ? Et si finalement ? » STOP !

En revanche, dans les choses positives : ça me fait apprécier doublement les petites choses futiles de la vie : un rayon de soleil qui arrive dans mon bureau, une jolie musique, le hasard d’un caillou qui ressemble à un coeur… Ces micro détails qui font que la vie est quand même plus jolie à travers de prisme !

Il y a beaucoup de choses négatives comme positives et moi qui essaye de gérer ça au mieux, je suis souvent en difficulté avec toutes ces émotions que je n’arrive pas trop à gérer. Et, dans mon métier c’est un peu compliqué, de gérer l’hypersensibilité : Beaucoup de remise en question par rapport aux autres (quasi en permanence en fait), de perfectionnisme (ce qui est parfois usant au quotidien), une forte émotivité… Et j’en passe !



Et avec les autres ? C’est compliqué ?

Je vais briser le suspense tout de suite : OUI ! C’est compliqué parce qu’on le sentiment d’être toujours à côté de la plaque, ou en décalage avec les sentiments des autres. Pourquoi suis-je AUSSI heureuse ou AUSSI triste alors que dans la même situation mes proches trouvent que ma réaction est démesurée ?

Le souci d’être hypersensible c’est de prendre beaucoup de choses à coeur, et parfois ça peut nous jouer des tours au quotidien ! Le nombre de fois où j’ai pu mal interpréter quelque chose jusqu’à ce que ça me mange le cerveau… Pour rien ! De « faire du boudin » dans mon coin parce que j’avais l’impression que untel avait dit ça ou que machin ne voulait pas faire telle ou telle chose… Où que j’ai pu me mettre dans un état de stress inexplicable parce que je voulais absolument bien faire, quitte à m’en rendre zinzin !

Je m’attache aussi très rapidement aux gens et lorsque je donne c’est à 100% : ma confiance, mon amour, mon amitié… Ce qui m’a valu de belles déceptions sentimentales, en amour tout comme en amitié !

Toutes ces petites choses qui au quotidien, avec l’entourage, les proches, les collègues font que ça peut-être compliqué à gérer… Mais j’ai quelques astuces pour y remédier !



Mes astuces pour essayer de gérer mes émotions au quotidien

C’est le plus difficile : Gérer. Ou plutôt essayer de gérer ! Je vais vous donner mes petites astuces pour que, à votre tour, vous essayez d’apprivoiser vos émotions au mieux chaque jour.

Se faire des notes vocales : Ça peut paraître bête mais alors qu’est-ce que c’est utile ! Lorsque je suis seule (ou que je n’ai pas envie d’en parler) je m’auto-fais une note vocale pour raconter ce qui me tracasse ! Ça fonctionne souvent mieux avec la colère ou la tristesse… puisque lorsque je suis très heureuse, je n’ai pas forcément besoin d’évacuer de la même manière ! Qu’est-ce que je fais ensuite de la note vocale ? Je la jette, hop, une fois que j’ai parlé pas besoin de la garder pour ressasser : je ne l’enregistre pas !

Danser seule avec une bonne musique : Vous avez 3 minutes pour évacuer, c’est le moment ! Sautez, dansez, criez ! Vous verrez après ces 3 minutes de chanson, vous vous sentirez plus léger.ère !

Par-lez ! : C’est un peu le conseil bateau je sais, mais vraiment c’est essentiel ! Surtout pour désamorcer les non-dits avec les proches, les ami.e.s et les collègues par exemple. Si quelque chose vous tracasse, mieux vaut clarifier la situation rapidement plutôt que de se monter la tête seul.e ! Allez, hop, on discute !

La méditation : Avant, je ne pratiquais pas et depuis que je m’y suis mise, cela a changé beaucoup de choses ! Un apaisement total et surtout une prise de contrôle au moment où l’on a l’impression que tout fiche le camp !


J’espère que cet article vous a plu et qu’il vous aidera un petit peu à comprendre mais aussi à maîtriser un peu plus cette hypersensibilité !

N’hésitez pas si vous avez des astuces de votre côté à les partager en stories, j’ai hâte d’échanger avec vous sur ce sujet !