Tant qu’il y aura des tongs, par Val l’Expat

(une de nos maisons. La cinquième je crois)

« [Bon, je ne trouve pas de titre tout froufrou et sympatoche du coup j’ai pensé à « Tant qu’il y aura des tongs ».
Vu que c’est le dress code ici. Moi qui ai du mal avec les pieds des gens… 🙂 Ce pays est trop fait pour moi. Plus ça va et plus je me questionne sur mes choix de vie.
On a grosses pluies tropicales, là, j’envoie le mail avant la prochaine coupure.]

*DISCLAIMER – Tout ce dont je parle est mon expérience propre. Je vis dans une petite ville de l’Etat de Rio de Janeiro, Saquaréma. Mon expérience ne résume pas tout le Brésil et mon but n’est pas de blesser ou vexer les brésiliens.

Il y a presque sept ans, j’ai tout plaqué et j’ai changé de vie.
J’ai pris mon sac, mon chien et un billet pour le Brésil.
Pas par hasard le Brésil, je suis partie en emmenant Giu, ma meilleure amie/roommate qui est brésilienne et son chien.
Pourtant au départ le Brésil c’est pas mon truc. Moi mon idéal c’est plutôt un pays froid au bord de l’eau.
Mais bon, les circonstances ont fait que ça a été le Brésil.
J’ai débarqué le 1er octobre 2012 dans la fournaise et j’ai pris d’amblée un coup de soleil cloqué de fou pour fêter ça.
Le Brésil c’est un choc. Violent. La chaleur, les odeurs, le bruit. J’étais pas préparée du tout, j’ai tout reçu de plein fouet.
Je m’attendais à rien, j’ai pas été déçue.
Quand tu viens en vacances c’est la carte postale. Les plages, la musique, le sourire des gens et les noix de coco, c’est cool.
Quand tu viens pour y vivre, tu tombes lourdement du côté timbré de la carte postale.
Même après presque sept ans, je vis dans un état d’effarement perpétuel.

« Mais Giu, tu la connais la nana de la banque qui t’embrasse ?
– heu non
Ah bon… Et la pharmacienne qui vend des chips et le mec de Casas Bahia pour la machine à laver tu les connais ?
– heu non plus. »
*note à moi-même : va falloir intégrer l’embrassade culturelle.

On a déménagé huit fois, un peu partout dans l’état de Rio de Janeiro.
Dans des petites villes parce que Rio c’est quand même trés trés moche et cher.
« Mais Giu, la maison là elle est pétée quand même, ça va pas le faire.
– En fait elle est pas complétement finie de ce côté.
Et l’autre côté ?
– Pétée, les termites.
Oh hey, regarde, rigolo, tu peux me passer le rouleau de PQ sous la porte de la salle de bain si je suis en rade, il y a la place!
– Yep, il y a aussi la place pour te passer le courrier entre la fenêtre et le mur. Pratique ! »

Et les dialogues surréalistes.
« – Alors la dame du condo (résidence fermée sécurisée, gated community), elle dit qu’il faut faire attention aux gambas en jetant les poubelles dans le container.

– Oui, parce que on peut se faire mordre.
… Y’a du danger avec les fruits de mer ? C’est violent le Brésil…
– Mais elle dit que comme on a les chiens, ça va, les gambas entreront pas dans la maison.
… Ok, donc niveau drogues ça se passe bien on dirait, non ? »
* Note à moi-même: Se souvenir que camarrão = crevettes, et gambas = opposums – et que macaron (macarrão) c’est des pâtes, désolée.

Et les différences de traitement.
« – Donc la dame demande à quelle église on va.
Ouhla ! Je vais à zéro église et c’est pas demain que ça va changer, pourquoi elle demande ça, elle vend des canapés.
– Oui mais c’est un magasin tenu par des évangélistes, si tu fais partie t’as une grosse réduc.
Ah. Dis-lui une église alors.
– Non trop tard, tu parles anglais elle croit que t’es américaine. »

La religion omniprésente.
Envahissante.
« Bonjour Monsieur chauffeur Uber, tu peux nous emmener au supermarché ?
– Sûr. Vous êtes d’où ? Evangéliste ? Spiritiste ? Catholique ?
Heu… de France. Juste pour le supermarché, c’est pas important, si ?
– AHAHA non. Mon arrière grand-père est italien et ma cousine par alliance est portugaise. J’étudie pour être pasteur. »
Note à moi-même : Regarder le chapelet et les médailles qui se balancent au rétroviseur pendant qu’on roule donne mal au coeur.
« Hey t’as vu, le flic il avait un crucifix sur son bureau et le cartorio (genre de notaire où tu fais tamponner tout et n’importe quoi tout le temps) une grosse statue de la Vierge dans la salle d’attente.
– Oui. Normal.
… »
Note à moi-même: Rester zen en voyant les signes religieux dans tous les bureaux et commerces.

Le fichage systématique de la population avec un numéro CPF qui te suit toute ta vie et qui ne sert à rien d’autre qu’à ça.
« Pourquoi elle me demande mon CPF, je veux juste acheter un pot de CeraVe pour une fois que j’en trouve.
– Garde-le à portée de main, on va te le demander pour l’aspirateur aussi. »
*Note à moi-même : Se faire tatouer cette saloperie sur le front.

Les coupures d’électricité.
« Ça fait quatre fois que je recommence mon texte pour Hélène, j’en ai marre.
– C’est parce qu’il y a du vent. »
Variante : c’est parce qu’il y a maintenance, touristes, pluie, que le manguier touche les fils, etc etc etc.
Note à moi-même : Respirer et sauvegarder.

Mais aussi.
Claudio et Wagner, nos voisins, nous donnent des fruits quand ils vont au marché.
Une dame âgée dans la rue me dit que je suis belle.
Le chauffeur Uber dit qu’on le paiera un autre jour si on n’a pas la monnaie.
La proprio nous téléphone pour savoir si on se plait dans la maison.
Les gars qui construisent la maison au bout de la rue, viennent nous réparer la douche juste parce qu’ils savent le faire.
Les gens sourient dans la rue. Ils parlent fort mais ils rient beaucoup.
La vendeuse fait tous les efforts possibles pour comprendre mon langage à base de gesticulations et de sémaphore.
Les meilleurs fruits du monde qui ne passent pas par le frigo.
Les petits singes dans l’arbre devant la maison.
Les fleurs incroyables et les colibris.
Les fruits et légumes non calibrés.
Les glaces au maïs.
L’océan, sans chichi, brutal et magnifique.

Mais aussi.
Pas d’eau chaude dans les cuisines, un système électrique pour la douche.
Pas de radiateurs pour chasser l’humidité dans les maisons non isolées quand il pleut pendant deux mois.
Aucun livre autre que religieux.
Pas d’activité culturelle.
Aucun produit cosmétique autre que Boticario et Natura (chers et ultra basiques) ou des dupes chinoises.
Taxe d’importation qui double voire triple le prix de tous les produits étrangers.
Le peu de choix dans les supermarchés et des sachets en plastique à la pelle.

Si je dois résumer. Le Brésil est un pays attachant et magnifique.
Pour les vacances.
Pour y vivre… Réfléchissez-y beaucoup avant de vous lancer.
Et si vous vous lancez, contactez-moi 😉

Signé : Val’Expat »